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Pour ceux de mes lecteurs ou de mes clients assidus, je pense que vous aurez remarqué que j’affectionne particulièrement les cultures asiatiques, au premier rang desquelles je place le Japon. Vous aurez aussi noté que tous les poignets de mes chemises portent des noms d’opéras célèbres…exclusivement féminins, petit clin d’œil à la féminisation que connaît le vestiaire masculin depuis l’apparition des « métrosexuels », David Beckham en tête.
Nous sommes incontestablement face à une grande période de mixité, toutefois la mixité fait partie de l’ADN des toutes les cultures issues de l’Europe, qui engagea cette démarche concomitamment à sa plus grande invention : la Modernité. Point focal de la notion de modernité : naissance de la Mode vers le milieu du XIVième siècle. Autant les modalités de cette naissance posent encore question aux spécialistes, autant elle entérine l’ancrage de la modernité dans notre civilisation occidentale. En effet, ce qui fait la modernité, c’est que la tradition n’est plus l’unique modèle à suivre et à reproduire. Chaque génération va chercher au contraire à inventer de nouveaux codes, notamment dans le vêtement. Il faudra attendre la Renaissance pour que cette démarche s’applique pleinement au niveau des idées, avec les cruautés que l’on sait pour imposer la liberté de pensée, notamment religieuse.
Bref la mode fut précurseuse, et elle ne fut pas longue à comprendre que, pour se réinventer, il faut aller chercher ailleurs. La mixité ne date donc pas d’hier. Mixité des cultures, mais aussi mixité des époques d’une même société : la tradition peut aussi bien servir de source d’inspiration pour les générations futures.
Alors je me suis bien amusé en créant cette chemise, qui par ses influences multiples se présente comme un véritable kaléidoscope de notre époque. Je suis parti en premier lieu des vêtements traditionnels japonais, dont les superpositions de cols me fascinaient. Ce qui me plaisait le plus, c’était la sobriété et l’élégance de ces tenues, loin des fastes aristocratiques ou du minimalisme bourgeois tels que nous les connaissons en Europe. Comme je cherchais des solutions formelles pour imaginer un homme élégant sans cravate, je suis donc parti de cette idée pour imaginer des chemises hommes qui répondraient à ces critères.
Le col mandarin s’est ensuite naturellement mélangé avec la coupe kimono, le tout fini par des poignets qui ancrent bien ce modèle dans la famille des chemises hommes. Il ne restait plus qu’à trouver un nom à cette chemise mode…or l’opéra de Puccini est aussi une œuvre qui symbolise cette mixité et cette modernité, non seulement parce que le compositeur s’inspire d’une histoire orientale, mais parce que celle-ci relate la rencontre entre des occidentaux et des japonais. Bref, la mondialisation ne date pas d’hier ! Or donc la geisha qui occupe le rôle titre s’appelle Cio Cio San.
Ce n’est que par la suite que mes clients ont commencé à me parler d’une chemise col mao…franchement les dictateurs sanguinaires n’appartiennent pas à mon panthéon, mais en l’occurrence je trouvais ça amusant de voir comment les idées font le tour du monde et du temps. Ainsi la chemise kimono est devenue malgré elle une version moderne de la chemise col mao. Mais à l’heure où la Chine est sur le point de devenir la première puissance mondiale, finalement ceci est très logique.
Par un truchement non moins original, mais tout aussi plausible, la chemise kimono est devenue très prisée en tant que chemise mariage, d’autant plus que sa coupe de chemise cintrée lui confère une silhouette tout à fait contemporaine. Cette proposition nuptiale se vérifie spécialement lorsqu’il s’agit d’une chemise blanche.
Et voilà le tour est joué, vous pouvez donc porter une chemise fashion tout en ayant de la tenue, de la classe et en conservant le bon goût français que le monde entier nous envie, fait de retenue et de sophistication.

































