On fait souvent référence à Marcel Proust pour sa brillante description de la haute société de la Belle Epoque, dont il fut un acteur majeur, mais on oublie un peu trop vite les merveilleuses pages de poésie botanique qu’il nous a laissées, notamment dans le premier volume de La Recherche. Enfant, il ressent les prémices de sa vocation artistique en contemplant la campagne, qu’il arpente en famille durant les vacances. C’est aussi dans ces paysages qu’apparaît son premier flirt, Gilberte, lui offrant l’occasion d’éprouver une autre nature, celle de ses sentiments amoureux, qui joueront un rôle prépondérant par la suite.
Proust admirait Claude Monet, en particulier ses séries de nymphéas. On a souvent dit qu’il avait mit en mots les icônes impressionnistes du grand maître, créant ainsi une forme de japonisme littéraire, Monet s’étant lui-même fortement inspiré de ce mouvement artistique. Voilà donc comment fonctionne l’inspiration, par des chemins détournés, échos d’émotions, résonnances de sensations, on dirait peut être de nos jours de manière plus prosaïque : par associations d’idées.
Mon goût pour les « choses » asiatiques vient sans doute des longues stations de rêveries que je m’accordais, seul dans le grand salon chez ma grand-mère, pièce froide et délaissée par la famille au profit d’espaces plus chaleureux de sa demeure, mais pièce richement ornée de tout un tat d’objets rapportés d’Indochine, par un arrière grand père qui y commanda les forces navales françaises. Les vastes fenêtres ouvraient sur une pelouse, dévalant la colline jusqu’à une rivière contournant une ile, encerclée de nénuphars, accostés là comme par enchantement. Ils étaient certes plus frustres mais aussi plus jaunes et plus authentiques que les représentations que j’en vis plus tard en peinture ou en littérature.
Mais lorsque je commençai à imaginer des chemises hommes, l’Asie fut immédiatement au cœur de mes sources d’inspiration, et donc aussi les références accumulées au gré de mes lectures ou de mes visites de musées et d’expositions. La chemise Luxe Nymphéa emprunte donc directement au Japon les célèbres techniques de pliage. La sobriété d’une chemise blanche se trouve ainsi relevée par la sophistication d’une chemise origami. Le travail de plis et de replis est entièrement réalisé à la main. De même que de beaux vases de porcelaine ornent marbres de cheminées et de commodes dans un boudoir, de même cette chemise agrémentera votre garde robe et votre silhouette des ses précieux atours.
On y retrouve également l’équilibre que j’affectionne tout particulièrement dans l’artisanat nippon entre exubérance et minimalisme. Le plastron orné de volutes graphiques lui confère un statut de chemise fashion ; le côté monochrome, quant à lui, la classe dans une catégorie plus formelle. Son style pourrait apparaître légèrement désuet, un effet contrebalancé par sa coupe résolument moderne de chemise cintrée. Elle se trouvera sans doute très bien accordée à des ambiances festives, particulièrement en tant que chemise mariage. Mais elle se portera aussi bien de manière plus décalée, comme dans le photo reportage de TTT Magazine.
Je vous laisse à présent voguer sur les eaux de la Vivonne en compagnie de Marcel Proust.
« Comme les rives étaient à cet endroit très boisées, les grandes ombres des arbres donnaient à l’eau un fond qui était habituellement d’un vert sombre mais que parfois, quand nous rentrions par certains soirs rassérénés d’après-midis orageux, j’ai vu d’un bleu clair et cru, tirant sur le violet, d’apparence cloisonnée et de goût japonais. Ca et là, à la surface, rougissait comme une fraise une fleur de nymphéa au cœur écarlate, blanc sur les bords. Plus loin, les fleurs plus nombreuses étaient plus pâles, moins lisses, plus grenues, plus plissées, et disposées par le hasard en enroulements si gracieux qu’on croyait voir flotter à la dérive, comme après l’effeuillement mélancolique d’une fête galante, des roses mousseuses en guirlandes dénouées. Ailleurs un coin semblait réservé aux espèces communes qui montraient le blanc et le rose proprets de la julienne, lavés comme de la porcelaine avec un soin domestique, tandis qu’un peu plus loin, pressées les unes contre les autres en une véritable plate-bande flottante, on eût dit des pensées des jardins qui étaient venues poser comme des papillons leur ailes bleuâtres et glacées, sur l’obliquité transparente de ce parterre d’eau ; de ce parterre céleste aussi : car il donnait aux fleurs un sol d’une couleur plus précieuse, plus mouvante que la couleur des fleurs elles-mêmes ; et, soit que pendant l’après-midi il fît étinceler sous les nymphéas le kaléidoscope d’un bonheur attentif, silencieux et mobile, ou qu’il s’emplît vers le soir, comme quelque port lointain, du rose et de la rêverie du couchant, changeant sans cesse pour rester toujours en accord, autour des corolles de teintes plus fixes, avec ce qu’il y a de plus profond, de plus fugitif, de plus mystérieux – avec ce qu’il y a d’infini – dans l’heure, il semblait les avoir fait fleurir en plein ciel. »
Marcel Proust – Du côté de chez Swann (Pléiade I-167)